THOMAS PAQUET

Anthropocène #1, 2017 - Tirage argentique à l’agrandisseur 120x100 cm

« Certaines de nos tribus ont gardé intacts le sens de l'harmonie avec la terre et le respect de l'univers. Nous savons encore ne pas prendre plus que nous n'avons besoin et restituer autant que nous pouvons. Nous savons que nous sommes éphémères, alors que la terre, elle, est là pour longtemps. Que nous ne sommes pas ici pour suffisamment longtemps pour penser en termes de propriété. Que nous ne pouvons pas la posséder parce que les générations à venir vont l'utiliser.

La terre n'a rien à faire du temps humain, elle a tout le temps pour elle. Dans mille ans, l'eau empoisonnée sera redevenue propre, l'air asphyxié de nouveau limpide... Il n'y a que l'homme blanc, dans son délire de grandeur, pour penser qu'il peut détruire la terre. Mais tout ce qu'il est capable de faire c'est de détruire sa capacité à vivre sur la terre. »

 

John Trudell, écrivain et chanteur américain.

 

L’idée que la Terre est entrée dans l’anthropocène fait son chemin parmi les chercheurs. L’anthropocène, ce serait une époque géologique dominée par les activités humaines. Par notre action sur l’environnement et notamment sur le climat, nous bouleversons en effet les couches supérieures de cet oignon qu’est notre planète : l’atmosphère, la surface de la Terre – que ce soit la biosphère, le sol, les océans, les glaciers et calottes glaciaires – et le sous-sol le plus immédiat

 

L’expansion du monde industriel et l’évolution des technologies a permis un développement spectaculaire des exploitations à ciel ouvert ces trente dernières années.

Il est complètement fascinant de voir des pans entiers de montagne rongés par des machines puis débités en bloc de dizaines de mètres de haut et pouvant peser plusieurs tonnes.

En 2016, je me suis rendu au Québec pour réaliser une série de photo dans des carrières d’exploitation de granite.

Ces images sont frontales, elles documentent les gradins des fosses d’extraction, la morphologie du lieu et la matière de la roche. Ces images fixent un état du monde façonné par l’homme.

Avec les négatifs j’ai ensuite réalisé des tirages n&b à l’agrandisseur en superposant plusieurs vues.

Les densités et les transparences du support argentique se confondent alors les unes aux autres. L’accumulation de couches successives crée une image de paysage abstrait et organique.

Cette tentative de reconstruire du paysage originel par la superposition d’images fragmentaires du lieu ouvre une réflexion sur la disparition et l’effacement.

Comment rendre compte de l’irréversibilité de nos actes au regard de l’exploitation des ressources naturelles ? De notre responsabilité face aux catastrophes écologiques causée par la course aux profits ? Avons-nous le droit de défigurer et détruire notre planète tant que personne ou rien ne nous arrête?

 

Anthropocène #2, 2017 - Tirage argentique à l’agrandisseur 120x100 cm

Anthropocène #3, 2017 - Tirage argentique à l’agrandisseur 120x100 cm

Anthropocène #4, 2017 - Tirage argentique à l’agrandisseur 120x100 cm